Bonne année bande de tocards

vendredi 1er janvier 2010, par Reno De Stael
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L’Oppressoir vous souhaite l’année que vous méritez en espérant pour vous qu’elle se rapproche de celle que vous désirez.

On ne sera pas hypocrite ni lèche cul ni exagérément méchant ou cynique, mais les hommes n’ont que la vie qu’ils se sont faite dans l’environnement dans lequel ils sont tombés puis au sein duquel ils se sont glissés. Y’a pas de miracle ni de hasards énormes dans une vie classique et si vous avez du temps pour lire ce billet, c’est que vous ne vous préparez pas pour les J.O, ni pour votre prochain vol spatial, ni votre prochaine prise du pouvoir, ni votre prochaine expédition arctique. Vous avez donc une vie classique. Votre année sera classique.

En 2009 c’était super, en 2010 ce sera encore mieux.

En 2009, les dictatures étaient des dictatures et tenaient grâce aux multinationales dont les cadres assuraient le rôle de procurateurs d’Empire avec le soutien des barbouzes de toutes les puissances qui avaient les moyens d’entretenir une diplomatie et une armée dignes de ce nom.

Les démocraties étaient les démocraties et c’était bien cool d’y être né. Le monde avançait grâce aux scientifiques et aux ingénieurs qui sont les deux piliers du progrès de l’humanité.

Les arts vivaient, les mœurs se libéralisaient ici tandis qu’on excisait là-bas, le cancer reculait et on ne crevait plus du sida pourvu qu’on puisse se soigner, la Grande Russie se relevait et la Chine était bien réveillée, la France avait Paris et l’Italie Florence.

On rêvait d’Amérique nobélisée et les chemins de Damas restaient un mythe, le mois d’avril était le printemps et le 14 juillet on était fier. En ce temps là c’était la fin du 20e siècle qui finissait tardivement. En ce temps là on était dans l’ère post-soviétique mais pas encore post-américaine. Car Marilyne Monroe et Woody Allen. Car Obama et George Clooney. Tant qu’elle fera rêver, elle sera la première l’Amérique, crise ou pas. La Chine ne fera jamais rêver. L’Union soviétique n’a fait que rêver des masses abruties par une Église nommée communisme. Billancourt est désespérée, il n’y a même plus de Billancourt.

2010, youpi !

Le siècle à venir débute. Ce n’était pas l’effondrement du mur de Berlin qui l’a commencé car il ne fut que la faillite d’une mafia qui s’est recyclée dans un nationalisme autoritaire mâtiné de bondieuseries orthodoxes. Ce n’est pas le 11 septembre qui ne fut qu’un attentat terroriste spectaculaire ni les guerres américaines qui sont de classiques guerres de prédation comme l’humanité en a vécu des centaines. Ce qui vient de lancer le siècle avec fraca, c’est cette putain de crise.

Pour l’instant rien ne change. Les pauvres restent pauvres, les grands fauves dominent la savane et les classes moyennes se rendent compte qu’elle n’étaient qu’un mythe. Gaza souffre et les messes restent belles.

Ah ça ira ça ira ça ira, les aristocrates on les aura ! Et tout ira encore mieux si chacun décide de ne plus courber l’échine, de ne plus se faire humilier, de ne plus subir la fatalité de l’économie de marché, de ne plus lever les épaules en disant "ça va être dur, c’est la crise", bref, de ne plus être un tocard.

Car il n’y a des dominants que parce qu’il y a des dominés. Les banquiers ont braqué les nations pour se sauver. Les nations se sont tues et si elles continuent de se taire l’appétit des prédateurs n’en sera que plus grand. La jeunesse iranienne montre la voie, la révolte, c’est la vie. Suivons-là.

En 2010, on vous souhaite une année insurrectionnelle. Ou cette année sera comme les autres : classique, cynique, injuste.

L’Oppressoir

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